La compagnie d'un beagle?

Si on tape « chien de famille taille moyenne gentil avec les enfants », le beagle ressort dans chaque article proposé. Vrai ou faux ?

Moment de tendressse entre Indy et la jeune Next

S’il y a bien une chose de vraie, c’est la taille moyenne !

Pour le reste, tout est question de familiarisation et d’adaptation de ladite famille à ce nouveau membre. Comme la plupart des chiens, si le chiot beagle n’est pas correctement familiarisé aux humains et aux enfants, s’il n’a vu que son éleveur pendant deux mois par exemple, il aura tendance à monter en excitation et à beaucoup mordiller. Ce sera aussi le cas, si ses besoins ne sont pas comblés.

Nos beagles portent en eux le fruit de plusieurs siècles de sélection.

Une sélection pour quoi ? Pour repérer au flair une piste chaude (odeur fraîche) de gibier à poil (lapin, lièvre, chevreuil, sanglier) et pour poursuivre EN GROUPE efficacement cet animal.

Cela signifie plusieurs choses. Nous reviendrons dans d’autres articles sur les besoins de dépenses mentales et physiques ainsi que sur l’alimentation.

Ce qui nous intéresse en priorité c’est le besoin social du beagle, le « en groupe ».

Pourquoi commencer cette série d’articles sur cet aspect ? Parce qu’il est à la fois ce qui fait la grandeur de la race et ce qui est le plus souvent négligé par les non chasseurs.

C’est là que réside toute sa grandeur : à condition d’avoir été correctement socialisé, un beagle va pouvoir s’adapter à merveille à différents types de profil de chien et ajuster sa communication. S’il n’y avait pas cette difficulté de contrôle de l’instinct de chasse, je suis certaine qu’il serait le chien parfait pour les éducateurs soucieux de travailler la socialisation des chiots de leur clientèle !

Mais cela va plus loin, je n’ai par exemple aucun mérite à faire cohabiter mes 9 beagles ensemble et avec mes 2 tervuerens tant la vie en groupe leur est naturelle. Pouvoir observer les interactions de ce groupe, voir les liens qui se créent entre des individus, entre les générations, sentir et constater les tensions et leur gestion est une chance. Cela met surtout au grand jour leurs compétences sociales et surtout leur capacité à s’organiser. Par exemple, toute femelle allaitante n’a pas à s’en faire pour ses petits, Nouba veillera toujours sur eux. Elle ne supporte pas quand la réprimande est trop forte, même si elle est justifiée et elle intervient alors avec toute sa force de persuasion.

J’ai pu aussi assister à la mise en fuite d’un congénère intrus qui avait pénétré sur nos herbages. C’est bien sûr Indy qui s’en est chargé. C’est lui qui va de l’avant s’il y a un risque à prendre pour protéger le groupe, enfin son harem…

Enfin, pour en revenir à la sélection, même si je ne chasse pas, il est important de savoir comment se déroule un brevet de chasse et ce qui y est recherché. Eh bien cette capacité à s’organiser et à chasser ensemble est primordiale. Un chien qui se détache du groupe et qui part chasser seul est pénalisé.

Pourtant, aujourd’hui en 2020, on demande au beagle d’être un chien de compagnie. La plupart du temps, il est admis que son besoin de dépense physique va être important et la balade incontournable.

J’ai cependant beaucoup de difficultés à déconstruire l’image du petit beagle très heureux tout seul dans sa famille humaine qui va tant l’aimer que cela comblera son besoin social.

Eh bien non !

Il a besoin de votre amour certes ET de relations sociales avec ses congénères.

Il existe bien sûr des variations individuelles, certains peuvent s’accommoder d’une vie seul en famille et de balade collective une, 2 ou 3 fois par semaine. Mais pas tous.

La plupart du temps, le chien se résigne, se renferme plus ou moins, ou surinvestit la relation avec un ou plusieurs membres de la famille. Du point de vue de l’humain tout va bien. Il ne détruit pas, ne vocalise pas trop, bref il n’est pas embêtant.

Mais parfois, le chiot mordille excessivement, détruit, est incapable de rester seul, est malpropre.

Que faire alors ? C’est dans cette éventualité que je demande aux futurs acquéreurs de mes chiots s’ils sont complètement fermés à l’idée d’avoir deux chiens. Parce que si votre chien a un besoin quotidien et que vous ne pouvez lui offrir ces rencontres pour des raisons pratiques et organisationnelles, la solution est d’avoir un copain à domicile.

Attention, cela ne veut pas dire que son horizon social devra se limiter à cet individu et les laisser s’enfermer à deux dans une relation opaque et fusionnelle. Mais cela viendra combler la plupart des besoins d’interactions et apportera un bien être psychologique considérable voire indispensable.

Enfin, dans notre élevage tous les chiens sont ensemble, les chiots évoluent dès leur sortie du nid au sein du groupe. Je vois des étoiles dans les yeux lors des visites d’élevage. Outre le fait que je n’ai aucun mérite car comme expliqué plus haut, c’est naturel pour un beagle de vivre en groupe, je me demande pourquoi prendre un petit chiot élevé dans cet environnement, avec déjà un bagage de compétences sociales important, si c’est pour finalement lui demander de vivre seul au sein d’une famille d’humains. Outre le fait que ses belles compétences vont être laissées en jachère, le contraste est d’une violence psychologique intense. Penser qu’une séance chiot hebdomadaire suffira est un grave écueil.

Pour résumer, vous voulez un beagle, vous êtes prêts à lui faire faire des rencontres plusieurs fois par semaine. Et si vous aimez votre chien et que vous vous rendez compte que quelque chose cloche, vous êtes prêt à accueillir un second chien. C’est le monde parfait !

J’ai bien conscience que cet article va déplaire à beaucoup. Il ne correspond pas à la représentation actuelle du beagle chien de compagnie comblé par les jeux dans le jardin avec les enfants. J’entends déjà les « moi je n’ai qu’un beagle et il est très heureux ». J’en connais beaucoup des chiens heureux au regard qui en dit long et qui ne trompe pas ceux qui savent les lire.

Il est admis que le border doit travailler sur les brebis, admettons que le beagle n’est pas fait pour vivre seul.

Pour répondre à la question titre « La compagnie d’un beagle ? », je dirais oui, la compagnie des beagles.

J’aborderai dans d’autres articles, les spécificités de cette compagnie.


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